L’AMAP et le cadmium

Une nouvelle très rassurante, aucun de nos producteurs n’utilisent les engrais phosphatés incriminés dans l’explosion des taux de cadmium. Pour l’essentiel, nos paysan-nes utilisent surtout des composts, du fumier et aussi des « bouchons » mélanges d’engrais naturels. Vive l’agriculture bio
Le 25 mars, l’ANSES (Agence Nationale de Sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’Environnement et du travail) a annoncé qu’en France particulièrement, on trouvait des concentrations élevées de cadmium. 
Ce métal lourd toxique est reconnu comme cancérogène certain depuis 1993.
Le cadmium s’évacue très difficilement et lentement de l’organisme. Les doses cumulatives sont extrêmement dangereuses et il convient de prendre des précautions.
La faute en revient aux engrais phosphatés, et notamment ceux majoritairement utilisés en France issus de roches phosphatées provenant du Maroc ou de Tunisie, naturellement riches en cadmium. Certains sols en contiennent également à l’état naturel. 
Comme les engrais issus de ces roches sont autorisés en agriculture biologique, l’ANSES explique que cette dernière est « potentiellement tout aussi impactée que l’agriculture conventionnelle ».
1) Malhonnêteté intellectuelle un autre titre ?
  • – S’il est vrai que ces engrais sont autorisés en agriculture biologique (AB), ils le sont dans des quantités bien inférieures à celles de l’agriculture conventionnelle et restent, en pratique, très peu utilisés. De plus, ils doivent répondre à des seuils de pureté plus stricts : le cahier des charges de l’AB est en effet aligné sur la limite européenne de 60 mg/kg de cadmium, contre 90 mg/kg pour le conventionnel en France.  Ce qui n’est pas encore suffisant, l’Anses préconise une limite de 20mg par kg d’engrais phosphaté
– Des études démontrent d’ailleurs l’efficacité de ce modèle : les produits issus de l’agriculture biologique contiennent significativement moins de métaux lourds. Une étude de référence fait notamment état de concentrations jusqu’à 48 % inférieures à celles de l’agriculture conventionnelle.
– Une autre étude montre que les agriculteur-trices bio n’utilisent qu’excessivement rarement des apports de phosphates naturels ( « sur 866 situations documentées, une seule a employé du phosphate naturel. Ce dernier ne semble donc quasiment pas utilisé par les agriculteurs bio français. »)1
– Placer ces deux systèmes de production sur le même plan relève, au mieux, d’une erreur de jugement, au pire, d’une manipulation délibérée. La FNAB (Fédération Nationale d’Agriculture Biologique) a d’ailleurs adressé un courrier à l’Anses pour dénoncer ces amalgames et exiger une rectification officielle.
Vous trouverez ci-dessous des liens ainsi que des pièces jointes détaillant ces éléments.
 
2) Et à l’AMAP, où en est-on ?
Face à ce grave problème de santé publique, nous avons interrogé nos producteurs et leurs retours sont rassurants. Plus le circuit est court, plus la vérification est facile. C’est une des forces de l’Amap.
Voici les informations obtenues :
Légumes : les maraîchers n’utilisent pas ces amendements minéraux.
Fruits : l’engrais organique utilisé (sous forme de bouchons de fientes de volailles) présente un taux de cadmium inférieur à 0,5 mg/kg de MS (la MS signifie Matière Sèche, c’est-à-dire la mesure du produit une fois l’eau extraite, ce qui est la norme pour des analyses fiables). Ce taux est extrêmement faible.
Œufs, farine, huile et fromages de vache : les producteurs n’achètent aucun engrais extérieur.
Pain : les céréaliers qui fournissent les blés et farines utilisées par Antonin n’utilisent pas ces engrais. L’un d’entre eux a d’ailleurs réalisé des analyses récentes confirmant un taux de cadmium très faible. Pour le petit épeautre, c’est plus difficile de vérifier puisque qu’une vingtaine de producteurs livrent au moulin où Antonin achète cette farine. Il est plus que probable qu’ils n’utilisent pas non plus ces substances.
Viande: Benoît n’utilise pas non plus  d’engrais phosphatés  sur ses cultures, mais du fumier et il est 100% autonome pour la nourriture de ses bovins. Il fournit avec sa ferme 60% de l’alimentation de ses porcs, mais complète l’alimentation en protéines avec des aliments bio ( à base de soja bio d’origine française) sur lesquels il a moins d’ informations. 
Volaille: Olivier utilise au démarrage de ses maïs un engrais bio à base de plumes et sang de poules sous forme de bouchons ( comme pour les fruits) en quantité très limitée. C’est une formule NPK : azote, phosphore, potasse 4-10-3 . Il remet un peu plus tard dans la saison un autre engrais bio NPK 10-2-0 pour un petit apport d’ azote, 150 kg par ha, soit 3 unités de phosphore alors qu’en agriculture conventionnelle on en utilise facilement 150 unités par ha.
Champignons : Pas d’achat d’engrais, compost et fumier sont les seuls apports extérieurs.
Fromages de chèvre : le fumier de chèvres est le seul amendement apporté sur la ferme.
Bière : c’est plus difficile à savoir pour Thibault qui achète son malt à un malteur, qui achète lui même l’orge bio à une coopérative. Le circuit est moins court.
Le choix d’être amapien.ne est donc un excellent choix, tant pour soutenir nos producteur.ices que pour préserver notre santé. Nous le savions déjà, mais obtenir des précisions concrètes face à une situation sanitaire aussi préoccupante est véritablement rassurant.
N’hésitez pas à partager ces informations et à en parler autour de vous !
3) Comment lutter contre le cadmium ?
En juillet 2025, les associations Agir pour l’Environnement, le CRIIGEN et Santé, Droit et Société interpellaient, par l’entremise de leur avocate Corinne Lepage, le ministère de l’Agriculture. Leur objectif : obtenir une baisse immédiate des valeurs limites de cadmium dans les engrais et les boues de stations d’épuration épandues sur les sols agricoles.
Le 25 mars dernier, le ministère a enfin répondu aux requérants en adressant au Conseil d’État un mémoire en défense. Dans ce document, le gouvernement affirme s’apprêter à publier deux arrêtés réduisant les valeurs limites aux niveaux préconisés par l’ANSES… mais seulement à l’horizon 2038 !
Pourtant, il existe des procédés techniques,  peu onéreux, permettant d’éliminer tout ou partie du cadmium des roches phosphatées. Ce délai de treize ans démontre qu’il s’agit avant tout de choix politiques, au détriment de la santé publique et de la protection de nos terres agricoles.